Z (Nativité)

(extrait)

retour à la page livres...

I

Janvier se retourne
Et la porte s’ouvre
Les eaux, les eaux !

Nuit lente, nuit électrique
métal des minutes à t’attendre
Une guirlande est allumée
on a chauffé la chambre
Un radiateur emprunté, une bouilloire

On te donnait des noms
neuf mois durant
ne sachant rien de toi
ta voix, ta forme, tes couleurs
C’était comme caboter
deviner la côte jusqu’à ton estuaire

C’est là
Par le sang
tu t’annonces
Par l’eau,
par le battant des cloches
qui sonnent dans ta mère nos amours
cellulaires

Le mal qui la surprend
du fond des âges
en traversant ses yeux l’éclaire
Elle va elle vient,
elle ne tient plus en place
Elle multiplie l’écho de tes roulades internes
D’où viens-tu, par le haut par le bas
elle ne sait pas, tu viens

regarder cent fois la montre
mesurer avec elle
les pas de la douleur
Eau chaude sur la planète de son ventre tendu
eau chaude pour ma bien aimée

Elle s’accroupit elle crie à l’infini
le seul mot juste
« mon amour »
en me broyant la main.
et tutoyant son inquiétude
elle me confond, à tenir l’horizon ouvert

Par toi elle accomplit la femme
jeune errante
générante et généreuse
un peu plus, et plus loin
quand l’homme ne peut
que compter, répondre et ne rien demander

*

Le plus grand théâtre du monde
c’est le sexe de ta mère
Toi derrière ses lèvres
comme un mot qui se cherche
On t’attend
Elle t’appelle
dans ses cris
Elle s’ouvre comme un livre
Tu l’ouvres, en dormant paraît-il
elle crie et toi tu dors encore

Ce mot « bébé »
qu’elle te donne, par quoi elle te somme de venir
bégaiement de la vie
béance de toi toute occupée
grognement d’ourse qui te pousse
avec la force d’un fleuve ancien

Là. Tu es là
L’obus de ta tête
mon Dieu, ton crâne
et ta plainte intime
Je n’ai pas tout vu
j’étais derrière
dans le dos de ta mère

Mais maintenant cet œil
débarqué du mystère
l’œil bleu profond du voyageur
grand ouvert au dedans
qui nous regarde
est-ce nous qu’il regarde ?

*
On te couvre
On t’amène à ton phare
au môle de la mamelle
à l’amer de ta mère
sur ce nouveau rivage

J’ai coupé l’ombilic
Il est blanc
et coriace comme le calmar qu’on vend à Mélide
adieu les aquatiques
voilà, tu es d’ici, aérienne, maintenant

*
Tu dors encore
petite poule noire
qui dormait dans l’armoire
épuisée par ces douze heures de route
et mille années lumière
et trente centimètres de distance
de derrière à devant tes campements de peau

Tu dors de paix mondiale
après le grand combat
Le sang les draps
quelques taches sur ton visage
les gnons du ring
tes cheveux –beaucoup-
collés par le shampooing des anges
Tu dors à même le lin du lit

Je vais dehors fumer ma cigarette
Janvier, il fait froid,
Rien ne sera pareil
Je fais un café pour la  sage-femme
et j’irai me laver les dents



Compagnie Zigzags
16 bis rue de l'école de droit - 34000 Montpellier - Tél/Fax : 33 (0)4 67 22 15 42

zigzags@michelarbatz.com